Quoi de plus désagréable qu'une foule ? Cette masse compacte d'êtres humains qui se pressent les uns contre les autres ? Il n'y a pas pire endroit pour nous mener à l'énervement..! Poussés, écrasés, compressés, bousculés, comment parvenir à y garder notre calme ?
La foule, cette foule immobile dans laquelle nous devons donc sagement attendre sans faire de caprices sous peine de paraître impolis, est le lieu le plus propice au développement des fraîches odeurs corporelles que dégage la sueur et des bruits infernaux qui grondent à nos oreilles si sensibles. Malgré nous, malgré tous les efforts vains que nous avons fournis, aux colères dévastatrices, il y a l'envie de soudainement morde notre voisin, pour un oui ou pour un non, bien que son aspect soit pour le moins répugnant. Nous devenons très sensibles aux frôlements et bousculades anodins qui peuvent rapidement nous mettre hors de nos gonds, une hystérie ridicule s'empare de notre esprit. Si malencontreusement une personne venait à nous toucher, il est commun que l'on commence à lui crier dessus, à s'exciter sauvagement sur cet étranger ne comprenant pas ce qu'il a bien pu commettre comme faute ultime pour mériter tel traitement, s'emporter dans une fureur inexplicable parce que oui, ce n'est peut-être rien, mais c'est tout de même la goutte qui fait déborder le vase !
Cela fait deux heures que nous attendons dans cette foule que ce fichu théâtre daigne ouvrir ses portes. Après ce temps d'attente interminable, parsemé de coups involontaires ça et là, il nous est difficile de contenir notre fureur conservée bien gentiment depuis le début. La foule est une serre où est arrosée et cultivée notre colère explosive. Il suffit de l'alimenter avec un vacarme infernal, une chaleur étouffante, qui peut même être artificielle lorsqu'elle est créée par le corps, et les odeurs écoeurantes que produit l'homme.
Alors abolissons la foule et soyons rois du monde ! Ainsi, plus besoin d'attendre devant les concerts, plus besoin de devoir traverser les étroits couloirs du lycée où une masse d'élèves soucieux d'arriver à l'heure à leurs cours se précipitent... Tout nous sera exclusif ! Nous irons seuls à la représentation et les cours se donneront en particulier. Nous pourrons enfin respirer et notre moral restera au beau fixe ! Et quel soulagement pour les nerfs..!
2 commentaires:
mais sans foule, Elise, que serions-nous?
Fini les révolutions, fini les grandes agoras où l'on refait le monde...
Le plus dur dans la foule, c'est le bruit, comme dans le couloir devant le A315, quand on voudrait écouter Debussy. Le bruit, et la proximité.
L'espace est un luxe...
Et la solitude?
Je ne parle pas des foules en tant que telles, effectivement, mais plutôt du bruit, de la chaleur et de la proximité qu'elle impose. Je ne suis pas contre les rassemblements, je suis contre être dans la foule ! Mais si c'est pour la bonne cause, si c'est pour s'amuser, je m'y plonge sans hésiter ( sans pour autant y rester trop longtemps, ce qui menerait à une crise de folie), si c'est pour attendre devant le local A315 coincée entre mes congénères qui se sont bien dégourdis à la récréation, j'espère y rester le moins de temps possible..! Même si j'ai un beau Debussy dans les oreilles...
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