
Je vis dans un pays minuscule, un simple point sur la mappemonde, une tête d'épingle qui brille un peu plus que le reste lorsqu'on regarde la Terre de la Lune. Et pourtant...
Lorsqu'on s'approche un peu, on s'aperçoit que finalement, ce n'est pas si petit que ça. Que la superficie n'est rien, que la grandeur d'un lieu est dans le cœur des gens qui l'habitent.
On a vu en ces temps de crise repousser des expressions oubliées. Le "surréalisme à la Belge", trace indélébile laissée par Magritte et ses tableaux, qui exprime un sentiment bien ancré dans le caractère belge, ces disputes incessantes pour un oui ou pour un non, ou un canular télévisuel trop osé pour ne pas être "de chez nous". Et les disputes ou les polémiques qui parfois font trembler le pays, toutes sont résolues par ce bon vieux "compromis à la Belge".
Je suis Belge, au même titre que Benoît Poelvoorde, Philippe Geluck, Marc Herman, Pierre Kroll, Fred Jannin, Jacques Mercier, Laurence Bibot, Jean-Luc Fonck, Julos Beaucarne, Cécile de France, Madame Chapeau et tant d'autres. J'aime cet humour décalé, cette façon de ne pas se prendre au sérieux, en dépit de ce que l'on peut penser. "Je suis un rebelge", a dit Philippe Geluck. Je crois que c'est une bonne façon de décrire cette autodérision, omniprésente ici.
Je suis Belge, et lorsque je passe une journée ou une soirée dans un concert ou un festival, c'est pour voir les Tellers, Hollywood Porn Stars, My Little Cheap Dictaphone, Été 67, Zita Swoon, Soldout, Mas Mappers, Freaky Age, Montevideo, Ozark Henry, Yel, Cheap, Skaïra, Urban Trad, Sharko, Ghinzu, Girls in Hawaii ou d'autres groupes bien de chez nous... La Belgique, c'est une richesse musicale que l'on ne retrouve nulle part ailleurs, des heures de concert en perspective, des soirées passées à danser, à applaudir, à crier, à se fondre dans la musique... Beaucoup d'artistes disent être surpris de la chaleur de l'accueil du public belge. Je ne sais pas, c'est le seul public que j'aie jamais connu, et il me plaît.
Je suis Belge, tout comme la Grand-Place de Bruxelles, le Beffroi de Bruges, les quais d'Anvers, la bibliothèque de Louvain, le canal Bruxelles-Charleroi, la cathédrale de Liège, les pavés de Louvain-la-Neuve, la ligne de bus Jodoigne-Ottignies et la campagne de Grez-Doiceau, tous ces endroits qui ont bercé mon enfance, qui rythment ma vie et seront toujours là bien après moi.
Je suis un peu Wallonne, un peu Flamande, un peu Bruxelloise, comme tout le monde. Un peu Congolaise aussi, dans le sens où le Congo a marqué l'histoire de la Belgique et l'enfance de mes parents. Et j'aime tous ces petits mots que l'on n'entend pas ailleurs : "avoir un bountje pour quelqu'un", "range un peu tes bilocos", "mais qu't'es biesse!", "une petite strotje", "la drache"...
Je suis Belge et fière de l'être. Je suis fière de ce pays, de ses habitants, d'où qu'ils viennent, quoi qu'ils pensent. J'aime cette diversité, ce "joyeux bordel", ces désaccords et la perpétuelle remise en question qu'ils entraînent, la façon qu'ont les problèmes de toujours se résoudre d'une manière tellement absurde que personne - ou presque - n'aurait osé ne serait-ce qu'y penser. J'aime la façon qu'ont les amis ou les anciens ennemis de se retrouver autour d'une chope de bière et de refaire le monde l'espace d'une soirée. J'aime cette mélancolie, ce ciel toujours gris et qui parfois verse des larmes de crocodile...
Puisse la Belgique vivre encore longtemps, et si ceci n'est pas un pays, c'est mieux que ça.










